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2019
EXPOSITION Oscillographies
Espace RichterBuxtorf, Lausanne
Article de Régine Buxtorf

Un engagement total
Ce n’est pas en agitant le pinceau qu’Anne Pantillon peint. C’est dans un engagement du corps, dans une danse avec la peinture et le papier que l’artiste fait naître des compositions ni abstraites, ni figuratives mais empreintes d’une volupté colossale. Anne a remplacé le pinceau par la peau et c’est en appliquant certaines parties de son corps sur le papier que naissent ses compositions claires-obscures. Certains se sentirons comme aspirés à l’intérieur d’un organe vivant, d’une radiographie, d’autres au contraire se promèneront dans des paysages grandioses, d’autres encore se croient pris sous les ailes d’un oiseau géant. Les peintures d’Anne proposent un voyage sensuel et englobant. A chacun d’y trouver son chemin.

Le rythme dans le sang
Anne naît dans une famille où la musique est omniprésente et longtemps, cette Chaudefonnière de naissance, hésite entre musique et peinture. Elle choisit finalement le media qui lui procure le plus grand espace de création, la plus vaste liberté : les arts plastiques. Mais quelque part au fond d’elle reste tapie le rythme et la musique qui au détour d’une expérimentation artistique va refaire surface jusqu’à devenir la base de création des œuvres récentes de l’artiste. C’est en musique, sur des rythmes répétitifs que naissent les Oscillographies. Ses gestes se synchronisent avec le son, et des formes surgissent dans un corps à corps avec le papier.

Le résultat puissant et organique est proprement fascinant.

2019
EXPOSITION Oscillographies
Espace RichterBuxtorf, Lausanne
Article de Laurent Delaloye, journal 24 heures, 16 mai 2019

Les envoûtantes et non surprenantes "Oscillographies" de la Neuchâteloise de Lausanne (1964) vont faire vibrer plus d'un amateur, garanti! Cette passionnée de violon et dessin crée des peintures-ballets ni abstraites ni figuratives, tantôt musculaires, parfois radiographiques, souvent torrentielles, jamais silencieuses ni statiques, toujours charnelles. Et pour cause, elles émergent d'un "bain sonore" (vent, musique classique ou jazz) écouté en boucle, et d'un étrange corps à corps voluptueux, parfois douloureux, entre papier, les bras, les coudes, les mains. La peau, enduite de pigments au liant acrylique monochrome, supplante le traditionnel pinceau avec la précision d'un sismographe. Une écriture lumineuse et personnelle que je vous encourage à lire aussi les yeux fermés tant il y a de frissons qui s'en dégagent.

2017
ANNE PANTILLON : PEINDRE AVEC LA PEAU
Interview par Jean-Paul Gavard-Perret, écrivain et critique d'art contemporain
http://www.lelitteraire.com/?p=33262

Les tableaux d’Anne Pantillon ne sont ni vraiment figuratifs, ni réalistes, ni abstraits : il existe trop d’effluves en eux. Ils ne sont pas plus conceptuels car ils se passent de discours. Ils sont plein d’accidents comme dans la nature mais aussi de caresses. Tout se joue entre le concret et une forme d’idéalité. La réalisation tient dans l’unique trait du pinceau ou de la peau. A sa manière, l’artiste devient une paysagiste extrême orientale.

Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La lumière, ou l’attente de la lumière.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Je rêvais de devenir violoniste. La sensation de liberté et d’intimité que j’ai ressentie en peinture a été déterminante dans mon choix.

À quoi avez-vous renoncé ?
À l’exaltation que procure la scène musicale.

D’où venez-vous ?
D’une région rugueuse brassée par les éléments, La Chaux-Fonds, haute cité du Jura.

Qu'avez-vous reçu en dot ?
L’amour des sons, des goûts, des couleurs, des formes. Il y avait déjà une grand-maman qui aimait les arts, pratiquait la musique et la peinture. Le reste de la famille maniait avec dextérité microscope, métronome et diapason, cultures maraîchères et fourneaux.

Un petit plaisir - quotidien ou non ?
Peindre avec ma peau sur papiers, sans passer par le pinceau.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je l’ignore. J’aime ce qui est secret, caché sous les couches successives que le temps a déposées. La peinture est mon révélateur. Un travail souterrain entre inconscient et conscience. L’engagement du corps est essentiel à cette recherche.

Comment définiriez-vous votre approche du "paysage" ?
Depuis l'enfance, les paysages commencent par des rêves visionnés sur un plafond.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Toute petite, regarder par la fenêtre les premiers flocons de neige. La promesse de sorties avant l’aube avec la neige à mi-cuisses pour aller à l’école.

Et votre première lecture ?
Celle qui m'a marquée à 17 ans, The snow of Kilimanjaro d’Oscar Wilde. J’ai perdu ma grand-maman cette année-là, la mort est devenue réalité.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Dans mon travail, J-S.Bach et Brad Mehldau que j’aime percevoir comme des contemporains, Led Zeppelin, Simin Tander ou Henri Torgue & Serge Houppin sont quelques autres registres.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Il y a eu Soie, d’Alessandro Barrico.

Quel film vous fait pleurer ?
Je pleure facilement devant un film. La liste est longue.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Ce visage des traces du temps et de la vie qui se prolongent dans mon travail.

À qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
À quelques collectionneurs et galeristes.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Pendant ma formation artistique, un trek au Zanskar a été fondateur de ma perception des espaces.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
J’aime la présence sans concession de Pierre Soulages,
Les collages poétiques d’Italo Valenti,
L'intimité des matières dansantes de Mark Tobey,
Le geste noir de Christian Dotremont,
La vibration pure de Mark Rothko,
La délicatesse et la rigueur de Julius Bissier.
J’aime les phrases courtes, ciselées, incisives ou tendres d’Agotha Kristof, Herbjørg Wassmo, Audur Ava Ólafsdóttir, Yvette Z’Graggen, Pascal Mercier, qui explorent la pâte humaine.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Une très grande table chauffante de marouflage sous-vide.

Que défendez-vous ?
Ma liberté intérieure.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas » ?
Peindre, c’est se rendre fragile, désirer. C’est un don, comme en Amour.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Elle m’évoque l’optimisme indécrottable qu’il faut avoir dans une vie de peintre.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
L’adresse de mon atelier est facile à trouver !

RADIO INTERVIEWS
2016    
Vertigo : Interview with Pierre Philippe Cadert
Lien: ici

2014  
Vertigo : Interview with Pierre Philippe Cadert
Lien de l'émission: ici

2012  
J’ai rendez-vous avec vous : Interview with J-M. Falcombello
Lien de l'émssion: ici

2012  
À première vue : Interview with Pierre Philippe Cadert
Lien de l'émission:  ici.

2008  
Intérieurs : Interview with Daniel Fazan

2017
EXPOSITION Form & Fluidität
Galerie Stöckle Hauser, Stuttgart
Article de Prof.Teixeira Coelho Nieto

Modern art started with form liquefying itself, like in Monet and, decades before him, with Turner, the true beginner of Impressionism whose steps Monet felt himself forced to follow by going to England and trying to find out what was that Turner saw when he looked through his window or when he stood by the sea. Both Monet and Turner were ahead of their time, their age was not the Age of Liquidity. But this is now. This is the age of the immaterial, of the virtual, of form fleecing away from itself.
The artists and artworks included in this exhibition belong to this sensibility, a sensibility that was initially described as abstractionism. But abstractionism, it is now possible to understand, is a rather precarious and inadequate word, albeit traditional and classic; to use it has become part of a routine in the arts. But routines should be avoided in the arts. These are forms in the process of liquefying themselves and escaping from themselves and from the beholder, which is something quite visible in Round 10, by Pedro Calapez, in Rómulo Celdrán’s Zoom 43 or in Anne Pantillon´s Lost Tribe , Robert Schad’s Matrak may seem to belong to a different family, at first glance: he apparently proposes hard forms, imposing forms in their steel presence. But look again: they are hard forms also in the process of escaping from their own definition, from the artist’s hands, from the observer’s eyes and understanding… What they tell us is that they are what is left from a process that points to something else, that came from something else… The picture is even clearer in Stefan Kleinhanns Circles.
There are forces that prevent things to have a specific form, just like the sea that is forced to be formless by the winds. This age is pushing things to be formless or, rather, to have forms that are always liquid, fluid, always in the process of becoming. Seen together, these artworks give us the big picture of this present age, its sensibility, a picture that is in each one of them and in us, when we allow ourselves to know better. That’s the strength of art: to let us see what usually tries to escape us. That is comforting and enticing.

2017
OSCILLOGRAPHY 2014-2016
Texte de Marc Bretler pour un catalogue

The latest work of Anne Pantillon presented here, is the natural continuation of her uninterrupted interest for movement.

After exploring the movement of light in the bottom of riverbeds, the slow flow of matter in motion, from sand, basaltic lava, the waves of movement constitute the subject of her unrelenting examination presented here.

In her series Basaltes[1] (2000-2004), stone and earth are used to represent minerality through collages. In her series Pluies et ruissellements[2] (2003-2007), the slow flow of rivers is represented as a metonymy trough dripping and splattered ink.
For the last 25 years, Anne Pantillon has explored not only the effects and presence of natural elements leaving physical traces, but also social and political events (Identités (1993-95), Srebrenica (1995), Processions (1996-98)) and their repercussions on her work.
It is with no surprise that sound, the center of her current study, comes at this stage. The exploration of the effect that music or noise has on painting and graphic expression, is the latest step in her “recherche patiente”.

Sound is approached here in a complex way. Her body moves like an oscillograph, it transmits the multifaceted sounds going through her drawing and pressing. Being a painter, a musician, and a dancer, Anne uses her body for her exploration. Soon, tools became obstacles to direct contact with sound. The hand, the arm, the foot take over. This technique allows her to bring together the elements that shaped her from her childhood: music, dance and painting.
Vibrant figures and enigmatic forms, all transcending the vibration of matter in movement, slowly deciphering the hidden rhythmical and harmonious structures of music, or sometimes, expressing the intense shuddering of noise.

The results are always unexpected and unforeseen; multi-dimensional, and with a total absence of scale, Anne Pantillon’s work is open to all forms of interpretation.

[1] Basalts
[2] Rain and Runoff

2017
EXPOSITION Supper Club
Galerie Kornfeld, Berlin
Mit den Künstlern und Künstlerinnen Stéphane Couturier, Hubertus Hamm, Bertram Hasenauer, Natela Iankoshvili, Franziska Klotz, Tamara Kvesitadze, Christopher Lehmpfuhl, Olivia Mc Gilchrist, Sandeep Mukherjee, Anne Pantillon, Alexander Polzin, Susanne Roewer und Sonny Sanjay Vadgama.

Bei einem „Supper Club“ kommen Menschen, die sich zuvor meist noch nie begegnet sind, in den privaten Räumen ihres Gastgebers zusammen, der sie mit einem selbst zubereiteten kulinarischen Menü bewirtet. Die Idee des Zusammentreffens verschiedener Menschen und Kulturen mit einem gemeinsamen Interesse steht Pate für die Gruppenausstellung „Supper Club“, mit welcher Galerie Kornfeld das Jahr 2017 beginnt. Es wurden Künstler der Galerie sowie spannende Gastkünstler eingeladen, ein oder zwei Werke als Gastgeschenke zu dieser Ausstellung mitzubringen, die eine Vielzahl künstlerischer Formen unter einer thematischen Klammer vereint.

Im Zentrum der Ausstellung steht das Werk „Last Supper“ der georgischen Biennaleteilnehmerin Tamara Kvesitadze, das im hinteren Raum der Galerie Kornfeld seine Deutschlandpremiere erleben wird. Die Tradition des „Letzten Abendmahls“ als ein ganz wesentlicher Themenkreis der christlich geprägten Kunstgeschichte ist ein Fixpunkt bei der Wahl der Themen und Motive, die in Skulpturen, Fotografien, Gemälden, Arbeiten auf Papier und sogar Installationen anklingt. Die Idee des „Supper Club“ ermöglicht den Künstlerinnen und Künstlern eine weiter gefasste Auseinandersetzung mit den im „Letzten Abendmahl“ formulierten Themenkreisen des Gastmahls, des Glaubens und der Passion.

https://www.artatberlin.com/supper-club-galerie-kornfeld-kunst-in-berlin-art-at-berlin/
https://www.artsy.net/show/galerie-kornfeld-supper-club
https://www.artrabbit.com/events/supper-club-galerie-kornfeld
https://estherartnewsletter.wordpress.com/2017/01/06/supperclub/

2015
Article de Jean-Paul Gavard-Perret, écrivain et critique d'art contemporain

Anne Pantillon ne cesse d’ouvrir la caverne platonicienne afin d’y faire entrer le jour. La toile devient un drap mais sur lequel une avalanche de couleurs se répand par fragments, grappes, coulures, ravinements, effets de plans et de reliefs. La densité se fait de plus en plus profonde mais non sans fluidité. Le moindre escarpement n'est plus ombre. Se découvre une lumière qui revient progressivement. Tous les trajets de l’artiste sont là pour faire  qu’elle remplisse par strates l’espace. S’inventent peu à peu des noces d'aube : la peinture reste en son lieu (la toile) mais l’artiste y introduit l'impénétrable sourire du monde.

2015
EXPOSITION Zorn & Zärlichkeit
Article de Manuela Hobler, Arthobler Gallery, Zürich

The carefully balanced composition of form and color is running like a golden thread through the work of Anne Pantillon. Inspired by her strong sonore sensibility and the influence of sound and noise, she used her own body as instrument to work on the surface of the canvas.

Through this she created vehement and equally sensitive compositions of abstract images.

2015
ANNE PANTILLON
Jean-Paul Gavard-Perret, écrivain et critique d'art contemporain, mars 2015

Il est fait de falaises aux « bruissements » soyeux d’où émane un émoi particulier.  Anne Pantillon reste fidèle à un art de rupture (donc rupestre) qui ne renonce jamais à investir un étrange cours de l’art afin de le déranger et montrer encore et toujours de l’invisible.  Cette peinture chargée de précipités épouse le mouvement. Le monde y résiste à l’effacement et il échappe au temps.  Sur la peau "lavée" des œuvres apparaissent les pentes de cratère, des coulures  par paliers. Chaque œuvre cerne un suspens,  ébauche quelque chose qui attend qui arrive comme si par la peinture surgissaient des idées de "derrière la tête".

2014
EXPOSITION PERSONNELLE
Galerie Junod, Nyon
Dr Danielle Junod-Sugnaux, historienne de l'art

Le caractère rauque, rocailleux, minéral, mais aussi fluide et presque sonore proposé par les oeuvres d’Anne Pantillon, nous plonge immédiatement au cœur d’un paradoxe, où les contraires s’entrechoquent et se côtoient avec force et sensibilité. La lave noire, brûlante, bouillonnante, comme surgie des profondeurs de la terre, semble se confondre, se mêler à l’énergie de l’eau tumultueuse, glacée des torrents, qui dévale des reliefs. (...)
En randonnée dans les Alpes, l’artiste, happée par la force titanesque des eaux, se laisse bousculer par les trombes volubiles des torrents qui, au plus fort de leur chevauchée charrient caillasses, boue, végétaux, sols ramollis par la fonte des glaciers. Ces signes évidents de la mue dont l’environnement naturel est l’instrument sont au cœur des préoccupations de l’artiste.

Métaphore du Temps, de l’impermanence, de la dissolution des choses ?
(...)
Tant l’eau des torrents que celle mouillant les rivages se déverse sur la feuille de papier utilisée par Anne Pantillon comme support, une eau véhiculant les composantes de l’œuvre, encre de Chine, pigments de terre, parfois graphite, le tout marouflé sur bois. Un travail inédit, oscillant entre le noir et le blanc, l’opacité et la lumière, le mouvement et le temps, ponctué d’espaces aux couleurs de terre, une véritable aventure artistique totalement originale à découvrir.

2012
LES RIVAGES ET LES ROCHES
Texte de Jean-François Reymond, artiste plasticien

En forme de témoignage et de méditation sur l’oeuvre de Anne Pantillon, selon la citation d’un sage d’Orient ‘j’ouvre ma fenêtre et laisse entrer le grand fleuve’.

La connaissance rigoureuse d’un esprit des formes, l’éthique de son attitude face à son métier de peintre engendrent chez Anne Pantillon une expression plastique et picturale sans concession où l’anecdote est bannie.

Dans le souvenir de mes arpentages sur les berges de sable de la Loire, dans la lumière miraculeuse d’un ‘Rivage des Syrthes’ de Julien Gracq, l’œuvre de Anne Pantillon m’amène à retrouver un temps dilaté, celui des origines.

Par l’ampleur de ses gestes, cette artiste nous révèle le diagramme de sa pensée créatrice et de son ordre de croissance. Les structures de ses ‘Rivages’ portent en elles-mêmes le rythme et l’harmonie du langage plastique de Anne Pantillon.

Le rythme profond intérieur de l’empreinte des matières, la montée harmonique colorée de la lumière créent par leurs mouvements de flux et de reflux le sens de l’œuvre.

Puis il y a l’eau, ‘l’eau vivante’, athanor des mutations des pigments et des matières, territoire inconnu irrigué par un fleuve intérieur dans un scintillement des particules baliseuses et détentrices d’un règne nouveau.

Réalité picturale hors du temps, celle de Anne Pantillon.

2008
EXPOSITION PERSONNELLE
Galerie du Château, Avenches
Sylvia Rohner, historienne de l’art

Dans la nature, le jeu des formes et des lignes est une source d’inspiration toujours renouvelée et à redécouvrir constamment. On peut, par exemple, être sensible au jeu de l’eau et observer le gravier, reposant sur le lit d’une rivière, qui se dissimule ou qui se montre au gré des flots. La rivière joue à cache-cache. Chaque mouvement de l’eau dévoile furtivement la présence d’un galet et nous devinons la douceur de sa rondeur. Le gravier apparaît pour disparaître momentanément ; la présence matérielle du gravier, l’expression de la forme plastique, est la thématique principale de la série des « lits de rivière » d’Anne Pantillon, et également dans les œuvres présentées dans cette exposition.

Il y a quelques années de cela, en 2000, Anne découvre sur les bords de la rivière Ardèche, ce que les habitants de la région appellent poétiquement les « orgues basaltiques ». Ce sont des coulées de lave qui ont refroidis lentement et qui ont donné naissance à des piliers de prismes hexagonaux de différentes grandeurs. La rivière Ardèche les a mis au jour, le temps et le travail de la rivière les ont paré des couleurs pastel et terre. Si, au début de son travail, Anne Pantillon s’est inspirée de la forme de ces orgues pour construire ses collages, la forme s’est par la suite émancipée pour devenir un mode de représentation autonome. Le lien avec le sujet a disparu, la forme est restée, transcrite de manière épurée, travaillée en carré ou en rectangle. La forme vit maintenant dans sa relation avec ses voisines. Dans ses collages, Anne Pantillon crée des atmosphères en étudiant les rapports qu’entretiennent les formes les unes par rapport aux autres. Elle imprime une tension et un rythme à la structure, jouant sur la répétition.

La forme devient écriture et leurs juxtapositions révèlent des phrases tantôt musicales, tantôt scripturales. Le collage des formes horizontales exprime l’idée de calme. Il représente des pierres marquées par le niveau de l’eau, une pause impromptue… Les figures verticales s’inscrivent dans une dynamique plus interactive. Elles deviennent des « quarte », des « pas de deux », des « cadence », des « sarabandes »….

La surface, travaillée à l’aquarelle et à l’encre de chine, amène de discrètes nuances émotionnelles. Une touche de couleur, rose comme le basalte par exemple, évoque un sentiment. Libre au spectateur de traduire ce message selon son humeur et sa sensibilité du moment.

Les œuvres exposées en ce lieu vous amènent au loin, en vous, afin de retrouver une tranquillité et l’harmonie du monde comme le promeneur solitaire face à la nature.

2008
EXPOSITION COLLECTIVE
Galerie de l'Hôtel de Ville, Yvedon-les-Bains
Sylvia Rohner, historienne de l'art

Ses œuvres racontent le temps qui passe et le temps qu’il fait. Le rythme du temps qui passe, c’est le rythme de la pluie, du ruissellement de l’eau. C’est un rythme régulier, mais tendu qui interpelle par le calme qui s’en dégage. La pluie devient trace. Les « ruissellements » faits à l’encre diluée à l’eau et à l’aquarelle coulent doucement sur la feuille de papier pour venir s’écraser en gouttes sur un deuxième panneau. Le rythme se retrouve aussi dans la répétition des mouvements et dans la séparation des panneaux en séquence qui scandent les compositions telle une musique. Issue d’une illustre famille de musiciens chaux-de-fonniers, Anne Pantillon possède aussi un certificat de violon du Conservatoire de sa ville natale. Puis elle s’est décidée pour le monde des Beaux-Arts. La musique est présente dans sa vie, comme la nature au travers du « temps qu’il fait » qui dévoile dans ses œuvres ses différentes couleurs : il devient grisaille, sombre ou bleuté – c’est selon - comme nos humeurs qui changent au gré du vent et de l’heure, de la journée ou du mois.

2005
FEUILLE-CAILLOU-CISEAU
Nicolas Pahlisch, peintre et sculpteur

Lequel a précédé l’autre dans le travail d’Anne Pantillon ? de quel jeu s’agit-il ici ? Celui des enfants qui secouent leurs mains en disant « Feuille-caillou–ciseau ! »

La feuille enveloppe la pierre, le ciseau coupe la feuille, la pierre casse le ciseau, etc.

Il y a de cette dialectique dans ces collages, puisqu’ils trouvent leur genèse dans la pierre : les basaltes qui bordent les rivières de l’Ardèche. La pierre devient feuille, se recouvre d’encre profonde et transparente comme la rivière. La feuille aurait pu suivre le tracé du ciseau ; Anne Pantillon lui préfère la déchirure qui la partage, la multiplie.
Lentement, patiemment, les formes s’assemblent, se superposent, se construisent en un nouveau jeu : celui des tonalités et des rythmes. Jeu divinatoire aussi où, ironie de sort, toute trace de figures a disparu. Le spectateur se trouve alors libre de faire sa propre prédiction.

2004
CES BASALTES QUI ARRÊTENT LE TEMPS
Article Pierre Hugli, Journal PH+
(extrait)

Elle est née à La Chaux-de-Fonds, dans cette famille Pantillon qui contient nombre de musiciens - et elle a longtemps hésité entre la musique et les arts plastiques, étudiant le violon au Conservatoire de Neuchâtel et la peinture à l'Académie de Meuron. Conservant un grand amour de la musique, elle est venue à Lausanne se perfectionner à l'ECAL de Monnier, où elle étudie la photo, la peinture, la gravure. Elle a gardé de son enfance l'amour de la nature, ses promenades avec son père, biologiste, au bord des étangs où elle attrapait des grenouilles.

Ses deux sources d'inspiration sont donc la nature et la musique. Elle connaît différentes phases dans son travail d'artiste, et a exposé relativement peu, parce que jadis le regard des autres la déstabilisait. Anne a traversé plusieurs crises existentielles. Elle a fait par exemple un travail social assez dur auprès de jeunes, de chômeurs, d'handicapés - et elle en rend compte dans une peinture violente. Ensuite naît sa passion pour l'aquarelle - ce n'est pas la jolie aquarelle classique, car elle la traite comme l'huile, par couches, et puis son sujet de prédilection, c'est les bouteilles - vous pensez si j'aime, ne serait-ce que parce qu'ici, mine de rien, ces bouteilles colorées, ordonnées selon des rythmes subtils, paraissent remplies - plus attirantes, en cela, que les cadavres de Morandi !

Mais le tournant décisif, dans la vie d'Anne Pantillon, c'est un voyage en Ardèche où elle découvre les coulées basaltiques du Pic des Joncs. Les coulées de lave figées semblent vous tomber dessus, elles ont été découvertes par l'eau en formant des parallélépipèdes verticaux rectangulaires qui s'étendent sur des centaines de mètres, selon des rythmes terrifiants, avec les miroitements de l'eau et de la lumière.

Anne a alors un éblouissement : elle se voit elle-même ordonner ce monde géologique, avec des papiers déchirés et colorés à l'encre de Chine. De retour à son atelier, forte de cette vision, elle s'essaye à assembler des bandes de papier dont elle constitue patiemment une ordonnance possible. Cela devient ses Basaltes. Elle tente d'innombrables assemblages pour coller ceux qui lui semblent réussis, et qu'elle expose à Ropraz, en automne 2002 (sous le nom d'Anne Bringolf).

Cela ne paraît rien, un collage de quatre, cinq, six éléments - mais le processus est très lent pour en arriver là. Elle en a fait trente, quarante, cinquante, chaque fois elle met en place un élément, un autre, un autre, elle bouge celui-ci de quelques millimètres, cela pèche encore, il faut détruire... C'est une sorte de puzzle, très complexe. Cela dure des jours, des mois parfois pour que cela fonctionne, et d'autre fois cela se met en place très vite. Ce qui reste, c'est une décantation, le concentré du concentré. Les premiers jouaient austèrement sur les nuances du noir et du gris, et puis peu à peu la couleur est venue, où l'on trouve quelque chose des ambiances enchanteresses des groupes de bouteilles.

Anne Pantillon colorie à l'encre de Chine et à l’aquarelle : deux techniques utilisant l'eau. Elle ne s'en rend compte qu'après coup, les Basaltes ne seraient pas visibles si l'eau de la rivière Ardèche ne les avait découverts. Elle aime utiliser des beaux papiers aux différentes textures. La sensualité du matériau fait partie du jeu.

Elle a aussi toute une réflexion sur l'illustration. Après des gravures d'après L'Inoffensif de René Char, en 1988, elle a illustré d'aquarelles un texte d'Anne Lise Grobéty. Pour Bernard Reymond, elle a mis trois mois à faire quatre collages. Le collage convient à l'illustration, parce que c'est un long travail d'imprégnation. Pour s'approprier le texte, il faut lire et relire, en dégager des phrases clés qu'elle se récite comme des mantras, jusqu'à ce qu'émergent des images : images abstraites, histoires de masses, de couleurs, de contrastes, d’ambiance. Ce qui complique la tâche, ici, c'est le nombre, quatre, qui ne correspond pas forcément à toutes les images, et puis surtout le format, qui devait être le même pour les quatre œuvres. Or, contrairement à une peinture, un collage n'a pas de format préalablement défini, on ne peut l'enfermer dans un système bidimensionnel, c'est à son achèvement seulement qu'on peut le mesurer.

-     Quand un collage te semble-t-il terminé ?

-     Il arrive un moment où je dis : c'est fini, je colle ! C'est une décision assez grave, parce que tout d'un coup cela va devenir quelque chose de rigide. C'est comme si j'arrêtais le temps, un peu comme l'instantané d'une photo, un instant volé.

-     C'est le sacrifice, la mise à mort. Ton activité, en somme, cela a quelque chose à voir avec la corrida !